Pollock / New York

Crédits photo :
  • mise en scène & scénographie Paul Desveaux
  • musique Vincent Artaud
  • chorégraphie Cécile Loyer
  • images des Etats-Unis Santiago Otheguy
  • lumière Laurent Schneegans
  • avec Jim Fletcher & Birgitt Huppuch
  • pour l’enregistrement de la musique Frank Agulhon batterie Vincent Artaud contrebasse Patrice Cabon piano Pierrick Pédron saxophone
Coproduction
  • l'héliotrope, French Cultural Services/French Embassy/NYC, Le Tangram/Scène Nationale d'Evreux-Louviers

C’est au cours d’un voyage à New York en 1998 que j’ai découvert les tableaux de Jackson Pollock. Il y avait une exposition rétrospective de ses œuvres au Whitney Museum. J’ai été fasciné par la force du mouvement, l’immensité des tableaux. Ils donnaient à voir une abstraction sensible; notamment ceux de la période des drippings.

Il est fort probable que les lignes, la constellation des couleurs, avaient sur moi un grand pouvoir d’évocation. Ce même pouvoir que l’on retrouve dans la nature quand, dans l’organisation des arbres, des brins d’herbe, et plus communément dans la forme des nuages, nous apercevons un motif. Alors s’ouvre un pan de notre imaginaire que nous pourrions laisser courir à l’infini puisqu’aucune forme reconnaissable ne saurait l’arrêter.

Je me suis donc intéressé au processus employé par le peintre.
A l’époque des fameux drippings, Pollock peignait sur une toile posée à même le sol. Il déversait des fils de peinture à l’aide d’un pot et d’un morceau de bois. Il exécutait ainsi une sorte de danse, une chorégraphie improvisée dont la matière organique du geste se retrouvait dans le dessin de la toile. J’ai tout de suite entrevu la possible théâtralité de cette méthode. Mais à l’époque, je ne voyais pas encore comment l’exploiter. Il a fallu que je lise sa biographie, et surtout que je dessine une première scénographie, pour comprendre qu’il existait bien là une matière propice au théâtre.

A travers son parcours chaotique, j’ai découvert un autre personnage sans qui Jackson Pollock n’aurait jamais pu atteindre un tel degré d’abstraction : sa femme, Lee Krasner.
Elle aussi était peintre et avait reçu, avant de rencontrer Jackson, les compliments d’un Mondrian que l’on savait peu prolixe en la matière. Je ne sais si c’est pour rendre justice à une femme qui a sacrifié une partie de sa carrière au profit, certes, d’un des plus grands peintres américains; ou encore, parce que c’est avec Lee Krasner que Jackson Pollock eut les échanges les plus passionnants, mais je les ai imaginés tous les deux dans l’atelier. Seuls.